24 juillet 2017

Naissance du christianisme (du Ier au IVe siècle)

"Le beau Dieu" de la Cathédrale d'Amiens
A l'intérieur de [l’] Empire romain, mais indépendamment de lui et malgré lui, au temps des premiers empereurs est né, au Proche-Orient, le christianisme.
Ce fut un événement spirituel de dimension universelle, comme les Upanishads et la Bhagavad Gita, comme le Zend-Avesta ou le taoïsme, comme le message des grands prophètes d'Israël et de Bouddha, comme, plus tard, celui des soufis de l'islam.
A u centre de l'enseignement de Jésus était l'annonce du Royaume, non pas au sens historique du messianisme juif, mais, comme dans toutes les grandes visions de l'Orient, le monde d'un éveil de l'homme qui, se dépouillant des limites de son moi individuel,
est transformé à l'intérieur et à l'extérieur.
L'essentiel de cet enseignement, c'est qu'il donnait un visage à l'espérance des hommes : celui de Jésus-Christ, témoignant par sa vie, sa mort, et sa résurrection, qu'il était fils de Dieu. Il révélait ce qu'était pour l'homme «être avec Dieu», par la rencontre du Dieu
qui vient et de l'homme qui va vers lui par la foi. Il apportait une nouvelle manière de vivre la liberté : non  plus connaissance de la nécessité, comme chez les philosophes grecs, mais participation à l'acte continué de la création.
Il apportait une nouvelle manière de vivre l'amour : non plus l’ eros platonicien qui est amour de l'amour, mais l'amour absolu de l'autre.
Il annonçait une radicale inversion de toutes les valeurs gréco-romaines en identifiant Dieu non pas avec la toute puissance de l'empereur romain, mais avec le Crucifié.

Cette foi nouvelle se répandit d'abord à Antioche et à Alexandrie, c'est-à-dire en Asie et en Afrique. Déjà récupérée par u n messianisme juif partiellement modifié, lorsqu'elle atteignit la Grèce et Rome, c'est-à-dire l'Europe, elle fut annexée d'abord par la
philosophie grecque, de Clément d'Alexandrie à saint Augustin.
Puis, quand elle gagna, tel un incendie, les peuples courbés sous le joug romain, quand les faibles devinrent ainsi une force, Constantin, l'empereur de Rome, se servant de cette force, se proclama converti au christianisme, tout en demeurant, jusqu'à sa mort, adorateur du soleil et Pontifex maximus du paganisme.
Il transforma la foi en un Christ qui se révélait dans la misère de la Croix en l'Eglise d ' un Dieu tout puissant, garant des hiérarchies humaines. Le temps n'est pas loin où le Christ apparaîtra, dans une mosaïque, sous l'uniforme d'un général byzantin. Les
persécutions contre le christianisme n'avaient pas réussi à le détruire. Sa transformation en religion d'Etat y parvint, en le pervertissant par le rationalisme grec et l'organisation romaine. C'est la grande défaite historique de l'espérance chrétienne, intégrée pour des siècles au projet prométhéen de l'Occident et de ses maîtres.


Roger Garaudy
Comment l’homme devint humain
Pages 120 à125

22 juillet 2017

Grèce. La cité, l'individualisme et la raison

Suite des extraits de « Comment l’homme devint humain »

Le grand commerce maritime réduisant de plus en
plus l'importance de l'ancienne aristocratie foncière et
de la tradition, le régime politique de ces cités
marchandes était en général dominé pat les armateurs
et les négociants, les travaux agricoles étant accomplis
par des esclaves. A Athènes, au sommet de sa grandeur,
l ' on comptait 40 000 citoyens libres, et 110 000 esclaves
privés de tout droit.
Ces oligarchies esclavagistes s'appelaient étrangement
"démocraties".

Cette « démocratie » joue donc pour une minorité,
jalouse de son privilège héréditaire de «citoyen»
(Périclès fit voter une loi restreignant le droit de cité
aux Athéniens nés de père et de mère athéniens). A
l'intérieur de cette « élite » joue le jeu « démocratique »
dans lequel la manipulation de l'opinion par la parole
est la clé du pouvoir. De là l'importance du rôle des
professionnels de cette manipulation: les « sophistes »
inventeurs de la rhétorique, qui se font payer leurs
leçons pour préparer les orateurs politiques.

Ces cités grecques furent le creuset où s'élabora la
«culture occidentale».
Dans cette économie marchande où ne règne plus
l'aristocratie du sang et de la tradition, le nouveau riche
ou le nouveau dirigeant a le sentiment de s'être fait luimême.
De là naquit l'exaltation de l'individualisme prométhéen.
Le mythe de Prométhée est l'un des thèmes favoris
des sophistes : « Si tu es en mesure de nous démontrer
que le mérite est une chose qui s'enseigne, donne-nous
cette démonstration », dit Socrate au sophiste Protagoras.
Le sophiste répond en racontant le mythe de
Prométhée : son frère Epiméthée a donné à tous les
animaux les moyens de survivre ; aux uns la force, aux
autres l a vitesse pour leur échapper. Pour l'homme,
c'est Prométhée q u i intervient : « Seul l'homme était
nu [...] alors Prométhée déroba le feu et l'habileté
industrielle des dieux [...] et même l'art de vivre dans les
cités [...]. Par ce larcin l'homme acquit le moyen de
vivre. » (Platon, Protagoras.)
Désormais, à la différence de toutes les cultures des
autres continents, l'homme ne concevra plus d'autres
rapports avec la nature que des rapports de domination,
et ne cessera plus d'aspirer à s'approprier la toute puissance
des dieux.

Alors commence la première sécession de l'Occident:
l'homme occidental est séparé de la nature et
mutilé de sa dimension divine. De cet homme, la
destinée a été définie par les sophistes : « Avoir les désirs
les plus forts possibles et trouver les moyens de les
satisfaire. » Ce qui, aujourd'hui encore, est la l o i de
notre conception occidentale de la croissance.
Désormais la raison critique l'emporte en Occident,
depuis Socrate, sur toutes les autres dimensions
de l'homme.
La philosophie ne médite plus sur les choses
comme le faisaient encore les « physiciens » de l'Ionie,
mais sur l'opinion des hommes sur les choses. La
philosophie occidentale (à la différence de toutes les
sagesses du monde) est exclusivement affaire de
l'intelligence et non mouvement de l'homme tout
entier : tout ce qui ne peut pas se ramener au concept
n'a pas d'existence.
Chez les sophistes, pour qui l'homme, comme
individu, «est la mesure de toutes choses», l'essentiel
est la négation de tout absolu, de tout « être en soi », le
scepticisme radical.
Chez Platon subsiste encore le frémissement des
« religions à mystères » inspirées de l'Asie, celui du
« démon » de Socrate, celui de l'amour (clans les
dialogues du Banquet et du Phèdre) nous conduisant
au-delà des « idées ».
Mais, à partir d'Aristote, la plus sèche raison
prétend enclore le monde entier dans le réseau abstrait
de ses classifications hiérarchisées et de sa logique
abstraite.

L'art grec à son apogée, au Ve siècle avant Jésus-
Christ, exprime cette vision du monde, rationaliste et
anthropomorphique, en architecture comme en
sculpture.
Tout ce qui est au-delà de la raison, dans la poésie
ou l'amour, s'exprime dans la plus belle création du
génie grec : la tragédie, notamment chez Eschyle et
Sophocle.
Mais déjà, avec Euripide, apparaît l'ironie à
l'égard de l'ivresse dionysiaque et de la ferveur
religieuse.
Les dieux grecs ne sont que des hommes plus
beaux et plus forts, et c'est seulement dans les religions
à mystères, dans les religions de salut venues de
l'Orient, que subsiste une ouverture sur le divin
véritable avec: les mystères d'Eleusis et le culte de
Dionysos, proche du Shiva indien.

Roger Garaudy

Suite des extraits de « Comment l’homme devint humain »
Pages 106 à 116 

21 juillet 2017

Le 23 septembre, pour la Paix

Le texte de l’Appel national signé par 115 organisations :


Partout en France le samedi 23 septembre 2017, marchons ensemble pour un monde de solidarité, de justice, de liberté, d’égalité, de fraternité et de Paix !

En marche pour la paix – Stop la guerre – Stop les violences

L’aspiration des peuples à vivre ensemble en paix dans la solidarité, la justice et la fraternité est immense.
Nous sommes persuadés qu’aucune de nos différences de convictions, d’appartenance ou de sensibilités philosophiques, politiques, religieuses, syndicales ou autres ne doit faire obstacle à l’expression de cette aspiration commune.
Nous sommes révoltés face à l’augmentation incessante des dépenses militaires qui sont passées de 1.144 milliards de dollars en 2001 à 1773 milliards en 2015 (Sipri en USD taux de change 2014) et favorisent un commerce des armes immoral et dangereux, alors que le budget des Nations Unies pour les opérations de paix est de seulement 8,7 milliards et que la lutte contre le réchauffement climatique nécessite des moyens importants tout comme la réalisation des Objectifs du Développement Durable (ODD).

Au titre d’une association (nationale, régionale, départementale ou locale)

A titre individuel

20 juillet 2017

L'Afrique est bien entrée dans l'histoire !

La civilisation de Nok



A partir de 500 avant Jésus-Christ, et jusqu'à 200 après, se situe, en Afrique, au centre du Nigeria, une civilisation, celle de Nok, qui est contemporaine de l'Age du fer (plusieurs fourneaux de fonte y ont été découverts).
L'art de cette civilisation témoigne, chez les sculpteurs qui en ont modelé les statues en terre cuite, d'un sens aigu du traitement de l'espace : le visage (et souvent le corps) sont construits à partir de sphères, de cônes, de cylindres, de pyramides, savamment articulés.
Il semble y avoir là la souche commune de presque tous les arts ultérieurs de l'Afrique Occidentale : non seulement du naturalisme stylisé des bronzes d'Ifé (quinze siècles plus tard), mais aussi des arts de la Côte d'Ivoire, Dan en particulier, et de la Guinée.
Mais, ajoute Bernard Fagg, qui découvrit, en 1943, ces statues Nok, « il est douteux que nous ayons trouvé le millième de l'art ancien de l'Afrique, qui reste toujours caché dans les profondeurs de son sol ».


Roger GARAUDY
Comment l’homme devint humain (extrait)
Pages 94-95

19 juillet 2017

L’ Amérique: la civilisation des Olmèques et de Chavin

COMMENT L'HOMME DEVINT HUMAIN (EXTRAIT) - SUITE


Au sud du golfe du Mexique, à San Lorenzo et à la Venta, apparaissaient les vestiges d'une civilisation puissante entre l'an mille avant l'ère chrétienne et le début de cette ère :  celle que ses découvreurs ont appelée « Olmèque ».

A côté de grands ensembles architecturaux, les  vestiges les plus surprenants sont ceux de gigantesques têtes humaines, dont certaines atteignent cinq mètres de hauteur et pèsent cinquante tonnes. Elles ont été sculptées dans un basalte dont la carrière est à plus de cent kilomètres du site, ce qui suppose une organisation politique et sociale très forte et une technique avancée pour effectuer de tels transports.
La beauté de ces sculptures n'a jamais été dépassée par les civilisations ultérieures des Amériques. Ces visages massifs de guerriers casqués, à la bouche stylisée ressemblant à celle du jaguar, est caractéristique du style olmèque dont le thème favori, religieux
sans doute, est celui de l'homme-jaguar.

Contemporaine de celle des Olmèques, la civilisation de Chavin au Pérou (900 à 200 avant Jésus-Christ) a révélé une architecture massive : une citadelle — ou un temple — de soixante-quinze mètres de front, à trois étages de pierre avec des sculptures intégrées à l'ensemble, et un travail remarquable des métaux, notamment de l'or.
Des analogies saisissantes existent entre la décoration de certains de ses vases de pierre et celle des vases de la Chine des Chang, ce q u i incline à penser qu'il y eut une origine commune aux deux arts (du fait du peuplement de l'Amérique par des migrants venus de
Mongolie).
La civilisation de Chavin, fondée, comme celle des Olmèques, sur la culture du maïs (ainsi que de la pomme de terre) et ayant la maîtrise de la métallurgie, a essaimé, elle aussi, sur une aire géographique très vaste, ce qui permet d'inférer l'existence d'un grand empire.

Roger Garaudy
Comment l’homme devint humain, pages 90 à 93

Illustration : Plaque en or repoussé, figurant un félin anthropomorphe à coiffe de serpent. Entre 1000 et 700 av. J . - C . Le mystère de la décoration, en forme d'arbre stylisé, est caractéristique de l'art de Chavin. (Musée Guggenheim, New York.)

18 juillet 2017

La Perse de Zarathoustra

"Comment l'homme devint humain": courts extraits, suite de la publication qui va s'étendre sur tout le mois de juillet.

Vers 600 avant Jésus-Christ, un prophète, Zarathoustra,
se leva au nord de l'Iran, à l'Age d'or de
l'Empire achéménide de Cyrus et de Darius, pour
réformer l'ancienne religion de Mazda, dieu de la
lumière.
A l'opposé du «non-dualisme» des hindous, le
monde est pour lui le théâtre où s'affrontent deux
divinités jumelles : celle du Bien (Ormuz) et celle du
Mal (Ahriman), comme s'affrontaient alors l a civilisation du laboureur et l'invasion des nomades.
L'homme est un soldat responsable dans cette
bataille de la lumière et du bien contre les ténèbres et le mal. A chacun de choisir son camp.
Zarathoustra, adorateur du feu, symbole du divin,
qui brûle et qui purifie, n'a cessé de fasciner tous ceux qui ont apporté u  feu sur la terre en remettant en cause l'ordre et les valeurs établies : le prophète Daniel, au temps de la captivité de Babylone ; à l'aube de la pensée grecque Heraclite, Pythagore, Platon. Devenu religion officielle de l'Iran, sous les Sassanides (du IIIe  au VIIe siècle), le zoroastrisme n'a pas seulement survécu avec les communautés parsis émigrées en Inde lors de l'invasion arabe ; il a profondément influencé, en Iran, l'islam chiite, comme il apparaît dans le Livre des Rois
de Firdusi (940-1020) et dans la philosophie de
Sohravardi (1155-1191). Il avait déjà inspiré la tentative de Manès (au IIIe siècle) de réaliser la synthèse du zoroastrisme, du christianisme, et du bouddhisme. Ce manichéisme se perpétua à travers l'histoire du christianisme.
Au XIXe siècle, Zarathoustra sera exalté par
Goethe, Shelley, Victor Hugo et considéré par
Nietzsche comme « l'un de ces hommes prédestinés qui déterminent les valeurs pour des millénaires» ( Ainsi
parlait Zarathoustra).


Roger Garaudy
Comment l’homme devint humain, pages 73 à 77 (extrait)

17 juillet 2017

L’inde des Upanishads et de Buddha. Extrait de "Comment l'homme devint humain", de R. Garaudy)

Suite de la publication de courts extraits de "Comment l'homme devint humain"

Comptant parmi les plus anciens textes religieux

de l'humanité, puisque certains remontent au XVI siècle avant Jésus-Christ, les hymnes védiques de l'Inde disaient les rites et les sacrifices nécessaires pour mettre
l'homme en relation avec les dieux.
A partir du VIIe siècle avant Jésus-Christ, les Upanishads, qui se donnent pour la continuation des hymnes liturgiques du Veda (d'où leur nom de Vedanta: f in du Veda), intériorisent le sacrifice, qui
n'est plus geste rituel mais mouvement de l'esprit.
Leur méditation commence avec le problème de l'éveil de l a conscience en l'homme et de son rapport avec la réalité profonde.
Leur réponse est que seule existe l'âme universelle (Brahman), que la conscience individuelle (atman) n'a de réalité que par rapport à elle. L'affirmation centrale,
point de départ et terme ultime de la méditation hindouïste, est «Tat vam asi »
(« Tu es cela »).
Tu étant l'âme humaine (atman)
 et
cela la réalité profonde et unique (Brahman).
 Le moi et ses désirs, s'ils croient 
avoir une existence propre,
ne sont qu'une illusion. La 
méditation hindoue permet à
l'homme de se délivrer de 
l'illusion et des liens de la multiplicité
pour retrouver 
l'unité absolue.
Cette métaphysique non dualiste est la
mère de toutes les tentatives par lesquelles le petit moi
égoïste s'efforce de rompre ses limites.
L'influence des Upanishads, dont la parenté avec
la philosophie de Platon est saisissante, inspirera
toutes les formes ultérieures de mysticisme.

La Bhagavad Gita — l'un des chapitres de la
grande épopée indienne du Mahabarata — est, en
pleine bataille, le dialogue du héros, le guerrier
Arjuna, avec une incarnation du dieu Vishnu. Alors
qu'Arjuna va jeter ses armes pour ne pas participer au
massacre, le dieu lui révèle comment, sans fuir le
monde et ses désordres, il est possible de vivre une vie
d'homme avec l'intransigeance d'un dieu.
La Bhagavad Gita n'a cessé d'inspirer, depuis
vingt-cinq siècles, la vie des plus hautes figures de
l'Inde, jusqu'à Tagore et Gandhi

Bouddha est né vers 560 avant Jésus-Christ, au
nord de l'Inde. Siddharta Gautama était son vrai nom
de fils de prince. Il quitte son royaume, sa famille, ses
richesses, à l'âge de vingt-neuf ans. Devenu faible,
pauvre, et nu, parmi les ascètes de la montagne, il
apprend à surmonter les passions et les peurs. « Es-tu
un dieu ? - Non . U n ange ? - No n . Un saint ? - Non.
Alors qui es-tu ? - Je suis "éveillé" ». « Bouddha »
signifie : éveillé. Il mourut vers 480, ayant enseigné une
doctrine qui n'exigeait aucune autorité, aucun rite ni
aucune prière à des dieux sans pouvoir, aucune
spéculation métaphysique, aucun surnaturel. Il fallait
d'abord soigner l'homme malade : savoir seulement
d'où vient la douleur et guérir la douleur. Echapper à la
naissance et à la mort en retrouvant la réalité véritable,
tel est le problème. Perdre son moi et ses désirs, telle est
la réponse.
A partir du Sermon qu'il prononça à Bénarès
devant ses premiers disciples sur les « quatre vérités
saintes », cette sagesse se propagea en Inde. Elle en
devint la religion officielle au IIIe siècle avant Jésus-
Christ, avec la conversion de l'empereur Açoka qui
envoya des missions à travers le monde. Des communautés
bouddhistes très vivantes subsistaient en Syrie et
en Palestine lorsqu'y enseigna Jésus. Et cela rend
compte de leur parenté spirituelle.
Le bouddhisme, bien qu'il ait reculé jusqu'à,
disparaître en Inde devant l'hindouisme, gagna toute
l'Asie : la Chine, la Corée, le Japon, le Tibet et toute
l'Asie du Sud-Est.

Roger Garaudy

Comment l’homme devint humain
Pages  64 à 70 (une seule illustration reproduite: un Buddha de l'époque Gupta, Ve siècle ap.J.C.)

16 juillet 2017

Le Nil (extrait de "Comment l'homme devint humain")

L'Egypte s'étire entre deux déserts pour s'épanouir,comme l'éventail d'un palmier, dans le delta du Nil fertilisé par les limons du fleuve.
Que reste-t-il des trente et une dynasties orgueilleuses de ses pharaons si nous en retenons seulement ce qui a apporté quelque forme nouvelle de la vie, et qui
demeure vivant pour nous ?
Ce ne sont point les conquérants éphémères qui ont fait graver leurs exploits dans le granit...
Qu'importe si, aujourd'hui, leurs sarcophages sont vides et dénouées les bandelettes de leurs momies ... Narmer, Touthmôsis, Ramsès ...
Les rêves des conquérants ont tourbillonné
comme des feuilles mortes et les sables en ont recouvert le sang.
Que reste-t-il de leurs conquêtes, sinon les images qui les évoquent ? Elles n'ont d'autre grandeur que celle de l'artiste qui les a sculptées.
Que reste-t-il de leur orgueil et des richesses de
leurs tombeaux ? Au-delà des ors et des pierres
précieuses, leur avidité de conserver dans la mort leurs
guerriers et leurs serviteurs fait revivre, en figurines
d'argile ou de bois, toute l'activité quotidienne d'un
peuple. La vanité des morts nous révèle le labeur des
vivants. Avec ses armées, ses rameurs, ses laboureurs et
ses maçons, ses femmes filant le lin , et les enfants
même emportant leurs jouets dans le tombeau du roi .
Que reste-t-il des flux et des reflux de trois mille
ans d'histoire où, par trois fois, se reproduit le même
cycle d'évolution ?
Pour que les crues du Nil soient un bienfait, et non
une malédiction, la construction des digues et des
canaux exigeait un pouvoir centralisé. Par trois fois,
avec l'Ancien , le Moyen et le Nouvel Empire, se réalise
cette unification. Par trois fois elle se désagrège. L'histoire
de l'ancienne Egypte est soumise à ce rythme.
Ce qui demeure, c'est le mythe d'Osiris, symbole
de cette histoire des hommes, de la terre et des dieux :
Osiris, le dieu déchiré par ses ennemis du désert, le dieu
qui ressuscite lorsque l'amour d'Isis, son amante et sa
soeur, rassemble ses membres dispersés.
Trois étapes de la religion peuvent se lire à travers
le mythe d'Osiris.
C'est d'abord un dieu de la nature, qui renaît à
chaque printemps avec la végétation.
C'est ensuite un dieu politique, qui renaît, comme
l'Egypte, après chaque démembrement féodal.
C'est enfin un dieu spirituel, symbole de la
résurrection, comme loi universelle du monde, de la
nature et de l'histoire.
Ce qui demeure, c'est cette première méditation
sur la mort que sont les pyramides, tentes de granit
plantées au milieu du désert, pour construire à un roi sa
maison d'éternité.

Il est un moment de l'histoire de l'Egypte plus
haut que tous les autres : celui de ce pharaon du XIVe
siècle avant Jésus-Christ, dévoré par la fièvre de Dieu :
Akhénaton. Il construisit des sanctuaires sans idoles,
où le pluriel du mot « dieu » fut partout effacé.
Il refusa les conquêtes. Il choisit de transformer les
hommes.
Il a dit sa foi en un Hymne au Soleil, invoquant en
lui le dieu unique donnant la vie à toutes les créatures
de l'Univers.
Les arts ont alors vécu dans leur grâce, sous le
regard de son épouse Néfertiti, dont le nom d'étrangère
signifie : « La belle est venue ».
Lorsque Akhénaton disparut, à l'âge de trente ans,
le crépuscule est descendu sur le Nil: il y eut encore des
conquérants stériles. Il n'y eut plus de fécondation de
l'histoire digne de l'immortalité.


Roger Garaudy
Comment l’homme devint humain, pages 40 à 48 (les illustrations ne sont pas reproduites sauf un extrait de bas-reliefs funéraires où Ramsès est représenté dans l’exercice du massacre)
Ed. J.A., 1979

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Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy