17 juillet 2017

L’inde des Upanishads et de Buddha. Extrait de "Comment l'homme devint humain", de R. Garaudy)

Suite de la publication de courts extraits de "Comment l'homme devint humain"

Comptant parmi les plus anciens textes religieux

de l'humanité, puisque certains remontent au XVI siècle avant Jésus-Christ, les hymnes védiques de l'Inde disaient les rites et les sacrifices nécessaires pour mettre
l'homme en relation avec les dieux.
A partir du VIIe siècle avant Jésus-Christ, les Upanishads, qui se donnent pour la continuation des hymnes liturgiques du Veda (d'où leur nom de Vedanta: f in du Veda), intériorisent le sacrifice, qui
n'est plus geste rituel mais mouvement de l'esprit.
Leur méditation commence avec le problème de l'éveil de l a conscience en l'homme et de son rapport avec la réalité profonde.
Leur réponse est que seule existe l'âme universelle (Brahman), que la conscience individuelle (atman) n'a de réalité que par rapport à elle. L'affirmation centrale,
point de départ et terme ultime de la méditation hindouïste, est «Tat vam asi »
(« Tu es cela »).
Tu étant l'âme humaine (atman)
 et
cela la réalité profonde et unique (Brahman).
 Le moi et ses désirs, s'ils croient 
avoir une existence propre,
ne sont qu'une illusion. La 
méditation hindoue permet à
l'homme de se délivrer de 
l'illusion et des liens de la multiplicité
pour retrouver 
l'unité absolue.
Cette métaphysique non dualiste est la
mère de toutes les tentatives par lesquelles le petit moi
égoïste s'efforce de rompre ses limites.
L'influence des Upanishads, dont la parenté avec
la philosophie de Platon est saisissante, inspirera
toutes les formes ultérieures de mysticisme.

La Bhagavad Gita — l'un des chapitres de la
grande épopée indienne du Mahabarata — est, en
pleine bataille, le dialogue du héros, le guerrier
Arjuna, avec une incarnation du dieu Vishnu. Alors
qu'Arjuna va jeter ses armes pour ne pas participer au
massacre, le dieu lui révèle comment, sans fuir le
monde et ses désordres, il est possible de vivre une vie
d'homme avec l'intransigeance d'un dieu.
La Bhagavad Gita n'a cessé d'inspirer, depuis
vingt-cinq siècles, la vie des plus hautes figures de
l'Inde, jusqu'à Tagore et Gandhi

Bouddha est né vers 560 avant Jésus-Christ, au
nord de l'Inde. Siddharta Gautama était son vrai nom
de fils de prince. Il quitte son royaume, sa famille, ses
richesses, à l'âge de vingt-neuf ans. Devenu faible,
pauvre, et nu, parmi les ascètes de la montagne, il
apprend à surmonter les passions et les peurs. « Es-tu
un dieu ? - Non . U n ange ? - No n . Un saint ? - Non.
Alors qui es-tu ? - Je suis "éveillé" ». « Bouddha »
signifie : éveillé. Il mourut vers 480, ayant enseigné une
doctrine qui n'exigeait aucune autorité, aucun rite ni
aucune prière à des dieux sans pouvoir, aucune
spéculation métaphysique, aucun surnaturel. Il fallait
d'abord soigner l'homme malade : savoir seulement
d'où vient la douleur et guérir la douleur. Echapper à la
naissance et à la mort en retrouvant la réalité véritable,
tel est le problème. Perdre son moi et ses désirs, telle est
la réponse.
A partir du Sermon qu'il prononça à Bénarès
devant ses premiers disciples sur les « quatre vérités
saintes », cette sagesse se propagea en Inde. Elle en
devint la religion officielle au IIIe siècle avant Jésus-
Christ, avec la conversion de l'empereur Açoka qui
envoya des missions à travers le monde. Des communautés
bouddhistes très vivantes subsistaient en Syrie et
en Palestine lorsqu'y enseigna Jésus. Et cela rend
compte de leur parenté spirituelle.
Le bouddhisme, bien qu'il ait reculé jusqu'à,
disparaître en Inde devant l'hindouisme, gagna toute
l'Asie : la Chine, la Corée, le Japon, le Tibet et toute
l'Asie du Sud-Est.

Roger Garaudy

Comment l’homme devint humain
Pages  64 à 70 (une seule illustration reproduite: un Buddha de l'époque Gupta, Ve siècle ap.J.C.)
Si je ne brûle pas
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?

Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy